Strasbourg : Miser sur les aménagements cyclables

L’Eurométropole de Strasbourg veut accroître l’usage du vélo sur son territoire. Le réseau Vélostras doit assurer des déplacements sécurisés et confortables pour les deux-roues.

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Strasbourg est un territoire où les déplacements à vélo sont encouragés et ont toute leur place, les 600 kilomètres de pistes cyclables définies dans l’Eurométropole, dont le tiers a été créé ces 10 dernières années, le prouvent déjà. La dernière étude publiée place la ville de Strasbourg 1ère ville de vélo en France parmi celles de plus de 200 000 habitants, et à la 2ème place parmi celles de plus de 100 000 habitants. Strasbourg veut devenir l’une des grandes métropoles européennes du vélo : l’heure est à l’investissement dans le réseau Vélostras, qui recouvrira tout le territoire, à travers 2 rocades en centre-ville et 10 lignes qui relient la première et la seconde couronne autour de Strasbourg. Enfin, une attention est donnée aux liaisons vers les communautés de communes voisines, dont la Communauté de communes du Kochersberg et celle de la Basse-Zorn.

Quand il décrit ce projet, le vice-président de l’Eurométropole de Strasbourg en charge des mobilités, des déplacements et de la politique cyclable Alain Jund voit grand : « En matière de vélo, notre territoire a décidé de changer de braquet. Sur l’ensemble du mandat en cours, donc jusqu’en 2026, 100 millions d’euros seront investis dans notre réseau cyclable. C’est un investissement sans précédent, déjà voté et budgété. » Il se répartit entre les 70 millions d’euros dédiés aux infrastructures cyclables, soit 120 kilomètres de pistes cyclables supplémentaires, et 30 millions d’euros réservés pour les travaux de voirie. 25 « points noirs » ont été identifiés, le plus souvent des franchissements, où il faudra construire une passerelle ou un pont, par-dessus un chemin de fer, un canal…

Objectif : 20% des déplacements à vélo d’ici 2030
À ce jour, on dénombre 11% des déplacements effectués à vélo dans l’Eurométropole. « Quand on sait que 63% des déplacements de moins de 3 kilomètres s’effectue encore en voiture dans notre territoire, on comprend que nous disposons d’une bonne marge de manœuvre. » L’objectif est de doubler quasiment la part des déplacements effectués à vélo, pour atteindre les 20% d’ici à 2030. Un compteur installé devant la Cité de la musique et de la danse témoigne de l’augmentation du passage des deux-roues, qui sont de plus en plus nombreux depuis l’été 2020.

Longtemps, un déséquilibre a été marqué, entre le centre-ville et la périphérie. Pour rejoindre 2 quartiers de Strasbourg, le vélo, notamment s’il est doté d’une assistance électrique (VAE), est devenu le moyen de transport le plus rapide, devant le bus ou le tram, puis la voiture. Aujourd’hui, la demande se fait plus ressentir dans la périphérie. « J’ai rencontré les élus de chacune des 33 communes qui composent l’Eurométropole de Strasbourg pour envisager avec eux notre politique cyclable, synthétise Alain Jund. Partout, je trouve un réel engouement et une demande pour un développement encore supérieur du réseau, afin de relier les communes entre elles. »

Couvrir le territoire, des lignes A à J
Au total, 10 lignes doivent relier les différents secteurs du territoire par des voies cyclables. Celles qui suivent les canaux sont les plus connues et empruntées : vers le Nord, la commune d’Eckwersheim, puis les territoires de Brumath et Saverne pour le canal de la Marne au Rhin (ligne A), vers la Wantzenau depuis l’Orangerie pour la piste des Forts (linge B), vers le Sud en direction de Plobsheim par le canal du Rhône au Rhin et vers l’Est, en direction de Kolbsheim par le canal de la Bruche.

À cela s’ajoute la ligne G qui traverse Geispolsheim vers Blaesheim, jusqu’aux territoires d’Obernai et Molsheim. L’aéroport d’Entzheim est également relié au centre-ville de Strasbourg, par la ligne H. D’autres lignes plus courtes mènent à Mittelhausbergen (J), le Stockfeld (E), et le port Sud (D). Encore embryonnaire mais bien planifiée, une ligne C doit relier la place d’Islande à la ville de Kehl, pour parvenir en Allemagne  sans quitter sa bicyclette. À terme, le réseau Vélostras permettra une meilleure desserte intra-communale, plus continue. La sécurisation et la qualité des infrastructures figurent au centre des préoccupations, notamment par la création de pistes bidirectionnelles, dotées de revêtements confortables.

Encourager la pratique à tous les âges
Même s’il ne pourra jamais convaincre l’ensemble de la population de Strasbourg d’enfourcher un vélo, Alain Jund veille à ce que la petite reine ait sa place partout, autour des gares, aux abords des écoles, collèges et lycées, sur les axes qui mènent aux zones d’emploi et d’achat. Dans les écoles, des ateliers sont organisés avec les élèves, où ils apprennent à adapter leur comportement, en circulant à vélo sur la route. Les challenges annuels, « À l’école à vélo » qui a rassemblé 45 écoles en 2021, « Au boulot à vélo » dont la dernière édition a convaincu plus de 9 000 participants, poussent à privilégier la bicyclette. Il reste enfin l’incitation financière : une participation est accordée lors de l’achat d’un VAE ou d’un vélo-cargo. La place du vélo relève d’une question de santé publique, tant par la réduction de la pollution que la lutte contre la sédentarité.

Texte : Yves Junger

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